Le The, la Clope et le HuaMei

Hier matin, un samedi comme les autres, peu avant sept heures, une petite rue perdue dans les confins de la vieille ville de Shanghai, du cote de ChangHuaMiao. Je sors du taxi apres avoir deja fait un aller-retour sans trouver aucune maison de the. Tant pis. Peut etre qu’il n’y a rien. Rien que 8 caracteres griffones sur un bout de papier par un connaisseur du “marche aux oiseaux et aux fleurs” de la rue du Tibet. “Les paris sont interdits en Chine et se font tres rarement en public, en plus depuis la grippe aviaire, les rassemblement de passereaux ne sont pas particulierement bien vus”, m’avait raconte un amateur.

Je vois soudain apparaitre un homme d’un age tres avance marchant peniblement au bout de la rue avec une cage carree bleue, comme la mienne. Pas de doutes: un HuaMei! Cinq minutes plus tard, un, puis deux, trois… arrivent a pied ou en velo, avec une, deux ou trois cages en se dirigeant vers la deventure d’un restaurant du Hunan qui semblait ferme.

huamei

Julien arrive. Les HuaMeillistes continuent de defiler. Nous leur emboitons le pas. Le rez de chaussee est vide, mais nous montons un petit escalier pour nous retrouver dans une salle pleine d’une ambiance tres particuliere. On nous laisse une petite place dans le fond de la salle, ou nous arrivons peniblement a caser deux chaises, et glisser notre cage entre deux autres.

Une ambiance incroyable reigne dans cette salle:
d’abord le bruit, bruit de centaines d’oiseaux qui chantent, voir hurlent en meme temps dans une parfaite cacophonie. Il faut se parler dans l’oreille pour pouvoir comprendre. Ensuite la fumee, emise par les cigarettes et les thes bouillants que les chinois consomment avidement. On sent une attente, comme dans les westerns spagettis, juste avant l’action…une ambiance palpable.

Apres environ une demi-heure sans reels contacts avec nos voisins, Ceux ci, commencent petit a petit a ouvrir le volet en toile bleue des cages de leurs proteges. S’il chante, c’est qu’il est a l’aise, sinon on referme vite. Au bout d’un certain temps, on nous montre des debuts de combat. Le volume est tellement eleve que les passeraux sentent la presence de nombreux autres males. Il suffit d’ecarter legerement les volets de cotes pour que deux oiseaux puissent se voir et commence alors un severe affrontement a travers les bareaux des deux cages.

La salle reste pleine. Vers 8h et demi, certains partent et d’autres prennent leur place. L’air un peu blase, mal habilles, portant de grosses lunettes carrees, ils s’installent sans dire un mot, en allumant une cigarette et commandant un the vert. Puis, lorsque l’un d’eux passe, on se retourne dans la salle, et notre voisin nous glisse a l’oreille que l’homme est repute. L’un de ses passereaux aurait rapporte plus de 35 000 Euros en paris l’an dernier, cet oiseau serait pire que Rocky sur le ring.


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